Brel aux Marquises: l’aventure commence à l’Aurore

Dans la précipitation et l’urgence qu’on devine, Jacques Brel a entrepris en 1974 d’effectuer le tour du monde à la voile, à bord de l’Askoy, un ketch de 18m récemment acquis à Anvers, alors qu’il venait tout juste d’achever une première traversée didactique de l’Atlantique. Ce tour du monde fut une mise à l’épreuve sévère, tant à cause de la météo, que du voilier trop grand et peu maniable, que de sa maladie qui se déclara pour la première fois aux Canaries. Après le passage de Panama, d’où un tango célèbre a trouvé naissance, l’Askoy a du affronté un pot au noir de plusieurs semaines, qui rallongea considérablement la traversée jusqu’en Polynésie. Atteignant l’île d’Hiva Oa, aux Marquises, Brel, usé par sa cathédrale flottante, avait probablement décidé d’en rester là concernant la navigation. Et cela d’autant plus que le charme opéra brutalement, entre la sauvage Hiva Oa et le chanteur. Anonyme sur cette terre granitique du bout du monde, Brel décida de s’installer pour un temps… puis plus longtemps. L’Askoy fut vendu après un an « d’inactivité », et Brel revint à son talent de pilote, en achetant un Twin Bonanza qui lui permettrait de rallier Tahiti depuis les Marquises et d’assurer une liaison inter-île. Il reprit un entrainement intensif depuis l’aéroport de Faaa (aéroport international de Tahiti), profitant à l’occasion de la visite de ses amis (Charley Marouani et Henri Salvador) pour les amener à Moorea. La légende prétend qu’entre Tahiti et Moorea (5 nm), il leur fit la démonstration d’une panne moteur… Dont Salvador se souviendrait longtemps ! Le Grand Jacques assura de 1976 à 1978, livraison du courrier, évacuation sanitaire (y compris de nuit), transport des écoliers entre les iles à l’occasion des vacances, afin qu’ils puissent rejoindre leur famille. Aujourd’hui encore, des Marquisiennes se souviennent de traversées entres les iles, en compagnie de Brel-pilote, qui chantait et fumait aux commandes de son appareil… Ce témoignage fut un véritable cadeau.VAC HIVA OA

A Hiva Oa, l’aérodrome était équipé d’une modeste piste, perchée sur un haut plateau, entourée d’une forêt luxuriante. L’approche est réputée difficile, encore aujourd’hui (malgré l’allongement de la piste), par les pilotes d’Air Tahiti. Lorsqu’il s’agissait de décoller de nuit, les phares de jeep suffisaient à éclairer la piste. Pas tête brûlé pour un sou, amateur de risques chiadés, Brel était un pilote émérite et aventurier. Il n’avait pas peur d’aller voir, parce qu’il était sûr de sa technique et de sa capacité à évaluer la situation.

Un souvenir vidéo nous est parvenu, tourné quelques mois avant sa mort, de Brel aux commandes de son avion… Un moment d’éternité offert à l’équipe de tournage, venu découvrir les Marquises, et probablement rencontrer le Grand Jacques.

Après son grand départ, l’avion fut revendu, avant d’être abandonné à Faaa quelques années plus tard. Destiné à la destruction, il fut sauvé par des passionnés, désireux de rapatrier l’avion à Hiva Oa, où il fut finalement restauré par une équipe de Dassault Aviation. Le Twin Bonanza jaune plane aujourd’hui quelques six pieds sur terre, dans un hangar aménagé à la mémoire de l’artiste. Les chansons de son dernier album y tournent en boucle, offrant au visiteur venu du bout du monde, un moment de recueillement insolite, à quelques pas de l’océan.

L’aéroport d’Hiva Oa, nommé « aéroport Jacques Brel », accueille les Twin Otter et ATR assurant la liaison régulière avec le reste de l’archipel. Un aéroclub y a vu le jour, doté d’un seul avion monomoteur (Socata ST10), convoyé depuis Tahiti par un pilote marquisien. Brel aurait sans doute encouragé, peut-être participé, à une telle aventure (ICI et LA).

J’ai eu la chance de retrouver ce pilote et instructeur, Teva Reid, à l’occasion d’un minuscule vole en double commandes, à bord d’un Tecnam P2008, de Tahiti vers Moorea dont nous avons fait le tour. Au soleil couchant, l’ile de Moorea se découpait de façon spectaculaire sur le ciel du Pacifique Sud. Un toucher à Moorea, négocié en piste 12 avec la tour, nous a permis de survoler le golf… et de partager en quelques sortes un moment vécu par l’équipée bien des années plus tôt.

Pour finir, clin d’oeil ou salutation à l’humble et sublime voyageur, nous pourrions décoller en 02, nous imaginant à bord du Jojo, en quête d’aventure et pour la joie du vol…


couv-Brel-sitePour ceux qui souhaiteraient revivre l’aventure brélienne des dernières années, celle qui vient couronner son oeuvre et démontrer la nécessité de vivre ce qu’il a chanté, celle qui commence après avoir lâché les amarres, je les invite à la lecture du livre de Fred Hildalgo, JACQUES BREL, L’aventure commence à l’Aurore. Minutieux travail de journaliste, l’auteur a recueilli les témoignages nécessaires à la reconstitution fidèle de sa grande quête, qui aboutira à la conquête d’une île lointaine et sauvage.

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