Moi aussi, je veux parler !

Par Morgane

Un après-midi d’été. Chaleur intense. 14h30. Je sens. Il se passe quelque chose. Un « je-ne-sais-quoi » dans l’air.

Mon camarade est venu au terrain. Il a emmené avec lui son compère roulant. Etonnant qu’il n’y en ai qu’un, ils se déplacent souvent par deux ces petits spécimens là. Il le range directement dans la soute. Curieux… un vol prévu ? Cet après-midi ? Par cette chaleur ? Un petit tour alors. Mais seul ? Et vers une autre destination que LFMA ?

Malgré la forte chaleur, il tourne, il vire, à droite, à gauche, et finit par s’immobiliser devant les pales. Observe. Les effleure du bout de l’index.  Attentif. La mimique concentrée. Passe son chemin. S’arrête à nouveau, devant le capot moteur cette fois. L’enlève. Scrute, passe le doigt, se gratte le front, fronce légèrement les sourcils. Puis referme.

Ca y est, il grimpe, met en route… Et… Arrête après quelques minutes. Que fait-il ? Et puis non, remise du contact, cette fois on roule pour de bon. Essais moteurs, demande au contrôleur l’autorisation de remonter la piste, prêt au décollage.

Puissance et tours disponibles, fuel flow compatible, pas de voyant, pas d’alarme, le badin est actif, rotation, montée initiale: 75 nœuds.

Il annonce au contrôleur un petit vol, le tour de la Sainte Victoire, et après un atterrissage en douceur, nous revoilà au parking.

Il passe du temps dans le cockpit, semble installer un nouveau système, avec une carte, et un mode d’emploi. Faciès concentré, et… contrarié ? Ah non ! Il a un petit sourire malicieux et satisfait.

 Il redescend de l’avion, bâche, laisse dans la soute le petit bleu roulant.

C’est à n’y rien comprendre.

Et pourtant… Je sens. Il se passe quelque chose, vous savez ce « je-ne-sais-quoi » dans l’air…

Le lendemain. 6h30. Pas un chat, douceur de l’air, lumière naissante, tout est calme. Je suis déjà réveillé depuis le lever du jour, la grasse matinée, c’est le privilège de ceux qui dorment en hangar…

Tandis que je m’éveille, je vois apparaître mon acolyte, faisant rouler le petit jaune d’une main, sac de l’autre, un autre à l’épaule, et ma fidèle passagère, sac au dos, et un casque à chaque bras. Tous les deux me paraissent bien réveillés pour une heure si matinale ! Et je dirais même… excités ?! Il faut dire qu’être au terrain à une heure pareille est plutôt inhabituel… voire sans précédent ! Serait-ce annonciateur d’une destination… extraordinaire ?

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Cette fois, rien d’inhabituel, tout est rôdé, retrait de la bâche, chargement du petit jaune, du sac, check habituel, branchement des casques, et… purge de la bouteille d’oxygène. C’est donc par les airways de l’IFR que nous nous rendrons à notre destination inconnue; oui, vous savez, ces chemins aériens tracés et pourtant invisibles, qui dessinent tout un monde là-haut, dans les airs, entre les nuages.

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Il semble que la présence du nouveau venu dans le système électronique, fraîchement installé la veille, se confirme. Une SD. Première prise en main, nous aurons le temps de découvrir cela en vol.

La phase d’excitation laisse place à la concentration du pilote, qui se prépare, trace la route, dépose le plan de vol, rentre les points GPS.  Ma passagère, syntone, reste discrète, et scrute les diverses manœuvres, indicateurs, jauges, sélecteur carburant sur both, essais moteurs, test magnétos, régulation d’hélice, ralenti… Sans, disons-le, bien tout saisir…

Et, je peux bien vous confier, je l’ai vue avec le temps, appliquer un silence presque religieux dans ces moments stratégiques du vol, moments suspendus où elle a notamment appris à s’abstenir de poser une des nombreuses questions qui lui traverseraient l’esprit, attisé par sa curiosité. Pour aujourd’hui, il semble que cette dernière, heure matinale aidant, soit encore quelque peu… Endormie.

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Et bien mes enfants… J’aurai donc l’honneur de vous emmener vers la Sérénissime. Quelle destination ! Arrivée par les airs, avec le charme incroyable d’atterrir sur un terrain en herbe, au Lido, a priori peu fréquenté, et qui sait, un mirage de danseuses de cabaret à l’arrivée ?

Nous dépassons progressivement les terres connues pour atteindre celles moins familières. Nous atteignons le niveau 130 sans difficulté. Ciel jonché de nuages par-ci par-là.

Mon ronronnement commence à bercer tout doucement ma passagère, tandis que mon fidèle comparse poursuit sa valse des instruments. Il semble préoccupé par les nuages. Je ne m’y trompe pas, légère pression sur le manche, débutant une montée qu’il stabilisera au 150, sécurité et confort obligent.

Je suis content qu’ils soient sous oxygène. Le pilote vérifie rigoureusement leur saturation régulièrement, et s’assure que les moments d’assoupissement de sa fidèle ne ralentissent pas trop sa respiration. 98%, tout va bien.

Le pilote semble apaisé après avoir dépassé la dernière frange de nuages, aux environs de Bologne, et les moments d’enchantement prennent pleinement place. Je sens à nouveau l’euphorie de mes deux protégés. Malgré la hauteur, on distingue les premières couleurs italiennes, la descente débute, les villes se dessinent avec leurs détails qui s’enrichissent au fur et à mesure. Nous cherchons la baie vénitienne du regard, scrutons, et finissons par la distinguer, sous la brume matinale.

Après ces instants d’excitation, le pilote se concentre à nouveau, se remémorise la procédure d’approche, entame le virage avant la finale, après avoir repéré les fameuses grues notifiées dans la procédure d’approche.

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Moment suspendu.

Un « five hundred » vient nous signaler l’approche du relief, et se révèle être la première manifestation de l’alarme sonore de la SD. Message au contenu non inquiétant, à quelques secondes de l’atterrissage: on poursuit.

Terrain bel et bien désert, pas de danseuse mais un italien au demeurant sympathique pour me refiouler. Chaleur écrasante.

Je dépose mes deux amoureux; l’euphorie est cette fois à son comble, je les regarde s’éloigner bras dessus bras dessous, un léger baluchon à l’épaule, ayant troqué le pantalon contre des tenues légères (il fait froid là-haut !) et prendre le cap de l’aventure vénitienne ! Ils me laissent en compagnie, non pas de jolies danseuses, mais des deux coquins roulants, leur usage étant peu aisé dans les traboules vénitiennes.

Et les revoilà ! Ils me reviennent deux jours plus tard, frais comme des gardons !

La brume ne se lève pas comme prévu, le ciel est chargé. Le pilote dépose finalement le plan de vol IFR, préparé la veille « au cas où », et qui s’avère nécessaire.

Puissance et tours disponibles, fuel flow compatible, pas de voyant, pas d’alarme, le badin est actif, rotation, montée initiale: 75 nœuds.

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Le ciel reste chargé sur la quasi-totalité du trajet. Le vent de face et les contingences des contrôleurs prolongent quelque peu la durée du vol.

L’arrivée se fera en procédure IFR, en apparence tout en douceur. Ma passagère me confiera plus tard que ce fut en réalité sportif pour le pilote, qui malgré son apparence calme, a dû composer avec un VOR défectueux, une carte d’approche non géoréférencée, les points GPS (de la procédure d’approche) impossible à charger, et pour couronner le tout, un contrôleur qui demande au pilote sa position ! Pour plus d’explication, s’adresser directement au pilote, elle ne pourra guère vous en donner plus.

Cette fois, c’est le départ du tarmac avec leur fidèles compagnons de terre ! Probablement la façon de quitter le terrain la plus palpitante. Une sorte d’accomplissement un peu magique du voyage, où le sentiment de liberté et de légèreté du vol se prolonge dans les coups de pédale, cheveux au vent, zigzaguant sur le bitume. A plus tard les amis !

Quelques jours plus tard, les revoilà ! A nouveau aux heures qui donnent l’impression d’instants volés, hors du temps, ils apparaissent, à peine quelques grammes en plus, et des mollets qui m’ont l’air d’avoir un peu travaillé (j’apprendrai plus tard, deux sorties vélo, 30 plus 46 kilomètres, ils sont forts mes tourtereaux !). Tous le monde a passé le contrôle de sécurité, y compris les petits, qui se sont retrouvés scrutés aux rayons X, sous les yeux ébahis du policier, dont l’âme enfantine est apparue sur son visage, le temps d’un sourire, en regardant leur image à l’écran.

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Je dis au revoir au jet qui est venu me tenir compagnie pendant ces jours, et nous repartons pour LFMA.

Puissance et tours disponibles, fuel flow compatible, pas de voyant, pas d’alarme, le badin est actif, rotation, montée initiale: 75 nœuds.

Le retour est tout simplement magique, une danse de nuages sous toutes leurs formes, qui tantôt s’accrochent aux sommets, tantôt viennent joncher le ciel du matin, voire former d’immenses vagues de brume. Gênes nous apparait au loin tandis que ma passagère tente de deviner le Mont Viso, sommet Queyrassin proche de la barre des Ecrins.

Du niveau 150, nécessaire pour passer au dessus de quelques champignons nuageux et éviter le relief largement, nous débutons progressivement la descente après Nice; la directe est acceptée par les contrôleurs. Le mistral local est léger, et permet un atterrissage en douceur sur le sol du bercail retrouvé.

Et biens mes enfants continuez de rêver, je suis heureux de vous y emmener.

HIND & Co.

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