Le point du jour

Par Maxime E.
le 21/04/2017


Encore un jour qui vient au monde
Dans le premier moteur qui gronde
Dans le premier enfant qui pleure
J’écoute monter la rumeur
Du point du jour

Quelqu’un efface la buée
Sur la vitre du boulanger
Les arbres sont tout détrempés
Déjà fument les cheminées
Au point du jour

Je vois ma rose s’éveiller
Ses yeux s’ouvrent sur l’oreiller
Ils regardent la fin d’un rêve
Et puis ma rose elle se lève
Au point du jour

Elle jette bas sa chemise
Elle est nue comme une cerise
Un rayon de soleil l’inonde
Elle est la plus belle du monde
Au point du jour

La radio donne des nouvelles
Quelque part la vie n’est pas belle
Des bombes crient dans le lointain
Défense de voir le matin
Au point du jour

Mon bonheur me fait un peu honte
Tandis que dans ma chambre monte
La bonne odeur de café noir
Encore un jour la vie l’espoir
Le point du jour

Jean Ferrat


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Et… Si c’était vrai ?

Vendredi soir, rompu, par le déroulement des jours d’une semaine dantesque, dont il serait encore possible d’atténuer les effets, par l’abus de vins locaux ou de liqueurs aromatiques, bocks partagés dans la chaleur de l’amitié, où l’on s’oublie parfois, en même temps que sa peine…

Folle idée du Houblon !
Car il ne sait pas, lui, qu’une ressource gît ailleurs, aux creux des matins encore humides, de ces matins qui refusent aux nuages, mêmes les plus timides, le moindre accès, car ils viendraient perturber l’harmonie de la voûte céleste, soigneusement immaculée, et délicatement éclairée par l’aube naissante.
Car il ne sait pas non plus, que cette ressource-là, attend de nous l’alignement parfait de nos pupilles, l’oeil alerte et la main sure, pour étreindre sans hésitation (illusoire ?), les commandes du mouvement méta-physique (je veux dire poétique !), qui entraînera notre destin d’un jour.
Capiteux Houblon, qui embrume les esprits et allège nos angoisses, certains vendredi soir je ne veux pas de Toi ! Et te préfère l’idée prochaine d’une chimère volante, dont les promesses me sont exquises… Quelle nuit d’impatience !

Au petit matin, tout semble permis, ainsi que l’oracle Haut-rôt-logique l’avait prédit. Plus tôt qu’escompté – car je trépigne d’impatience – je me trouve sur l’aire de lancement de toutes les promesses, aux heures où jamais aucun travail ne m’a vu paraître. Il est des coins du jour où l’on ne se montre, que pour certaines Causes…
Ce jour là, le secret est encore de Polichinelle: un groupe de skieurs, non pilotes, s’apprête à embarquer, en hélicoptère vers les 2 Alpes, entièrement harnachés, déjà prêts pour la téléportation vers le monde adjacent qui les attend.
Moi aussi – quoique ma tenue de ville ne laisse rien transparaître; moi aussi, me dis-je en pensée, m’apprête au voyage. Je quitterai l’ici-là, pour un ailleurs là-bas, et dans l’entre-deux, dans l’intervalle suspendu, n’attendrai rien de moins, que la rémission du quotidien et de ses angoisses, brutalement ramenés à l’échelle de ce qu’ils sont: un détail dans l’existence… Neutralisant le vécu inflationniste des misères érosives, le Petit Cessna nous amènera voguer en d’autres mers de l’âme, vague-à-l-âme à la rigueur, pour finalement accoster d’autres rivages, ici ou là qu’importe, puisqu’ils seront surtout ceux de l’émerveillement. Heureux qui comme Ulysse…

Rien de tel qu’un compagnon, pour goûter cette Magie blanche. Devançant le rendez-vous, lui aussi, comment ne pas imaginer qu’il partage mon impatience ?
A la méthode, laissons la portion congrue ! Nous avons dit au hasard: Aix – Valence – Annecy – Gap – Aix. Ciel bleu. Pistes ouvertes. Les réservoirs sont pleins. Il suffit !
N’amputons pas la poésie, en lui greffant d’insupportables considérations techniques ! Résistons pour une fois, à cette idée qu’elles nous permettraient de garder le contrôle ! Nous embarquons pour dé-raisonner, dé-compartimenter, dé-faire, dé-gonfler… dé-coller…

Nous volons !
Une chose merveilleuse survient, lorsqu’on prend la voie des airs, au petit matin clair: le silence sur la fréquence, et l’absence complète, presque irréelle, de turbulence. On se déplace dans l’air d’un seul mouvement fluide, celui-ci nous porte avec une incomparable douceur. Sensation de rêve, qui évoque en fait la nuit.

Cap Nord Nord-Ouest sur la centrale atomique, bon point de repère pour atteindre Valence. Longue descente calculée à l’improviste par la seule intuition du pilote, nous nous établissons face à la piste, qui ne pourra plus nous échapper. Le vent décroît, décroît encore, notre hauteur diminue… « 3 », il reste encore à profiter, « 2 », tiens voilà notre ombre, « 1 », c’est presque fait. Délicatement posés, notre vitesse nous entraîne, nous roulons…

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Photo issue d’un autre voyage, et nous remercions la photographe…


10 minutes plus tard, à nouveau en l’air !

Toujours personne en vue, mais cela discute sur les ondes. Bruissement continu de la radiophonie, nous avançons, et le relief commence à dessiner à la Terre des formes, douces ou tranchantes. De la brume peine à s’évaporer, traversons.
Ca se réchauffe, l’air s’assèche, et un grand ciel bleu Alpin se déploie face à nous. Puis – est-ce une hallucination ? – un immense oiseau de voyage, perché sur une branche d’où il nous tutoie, entame son virage, battement d’aile que nous recevons comme un salut.

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Le Grand frère Boeing


Annecy !

Amené à croiser haut, où la rêverie nous a entraînés, nous nous laissons délicatement tomber, vers la nouvelle bande d’asphalte prête à nous accueillir. « 3 », cela se présente bien, « 2 », je continue, « 1 » je m’applique…

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En bonne voie vers Annecy

Contact. Nous roulons… En même temps que je suis l’inertie du mouvement du Petit Cessna – pas tout à fait posé mon esprit – je porte mon regard sur le bas côté, et y aperçoit (nouvelle hallucination ?), un renard, tapi dans l’herbe, qui nous regarde filer.
Alors, comment dans ces circonstances, pourrais-je interrompe mon délire, quand tout laisse à croire que le Petit Prince est de sortie… ? Le monde de merveilles que nous venons juste de quitter, place la rencontre avec le renard sous le signe de l’évidence naturelle, plutôt que celui de l’étonnement; celui-ci ne se manifesterait que quelques minutes plus tard, avec l’arrêt du moteur…
Un renard ! Au bord de la piste ! Et je me mets à espérer: si seulement il me revenait, plus tard, par la voie(x) des rêves…?
Et ce n’est pas fini ! Voilà une procession de canards géants à présents ! Ou est-ce des champignons hallucinogènes ? Il ne manque plus que la Danse Chinoise de Tchaïkovski !

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Fantasia, ou le défilé des canards à hélices


Plus de hauteur.

Il nous faut plus de hauteur, car nous allons mordre les Alpes. Et on ne se rend pas d’Annecy à Gap, comme on se rend de Bruges à Gand.
Nous réfléchissons: nous pourrions viser le lac du Bourget, longer Chambéry, puis obliquer légèrement vers le Sud, après quelques minutes, en direction de Grenoble. Mais cela ne sera pas suffisant, car la carte ne nous montre aucune vallée assez accueillante pour filer jusqu’à Gap. Alors nous pourrions monter, nous élever au delà des parois granitiques, et faire de ce relief un impressionnant tapis, au dessus duquel nous voyagerons. C’est acquis, nous retenons le niveau 105 pour traverser cette petite portion des Alpes.


Une fois là-haut… Quel spectacle !

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A couper le souffle !

Quelle démonstration splendide, ces montagnes enneigées aux reflets brillants ! Puissance immuable qui s’érige sous nos pieds. Nous nous déplaçons timidement, lentement, impressionnés par elles, qui semblent s’étendre sans limite, aux confins de notre champs de vision. Insolents compagnons de voyage, les nuages jusque-là interdits, se manifestent sous la forme discrète d’humbles cumulus coiffant les cîmes, si frêles qu’ils ressemblent à une étoffe fine et diaphane. Nous faufilons.

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Incartade nuageuse


Et la carte défile !
Nous ne pouvons pas rester ainsi perchés éternellement. Dans une nouvelle vallée, au Nord de Gap, nous nous laissons à nouveau retomber, cherchant pour point de chute une courte piste encaissée, qui pour être atteinte, nécessite de « survoler la petite maison au toit rouge, au bord de la falaise ». Tout un mo(n)de d’emploi !

A nouveau, l’élan fantastique que nous avons pris, depuis notre départ d’Annecy, survolant les Alpes, puis plongeant dans une vallée inconnue, s’amortit en quelques centaines de mètres… 2 ou 3 centaines seulement, suffisent à arrêter notre course au sol, qui se termine cette fois-ci, au restaurant Le Looping.

45 minutes plus tard.
Toutes bielles dehors, arbre à cames frénétiques, chaque aiguille instrumentale tangentant la ligne rouge, l’huile bouillonnante pulvérisée dans les recoins du carter moteur, nous élançons le Petit Cessna dans les airs. Encore une fois.
Montée vers notre altitude de croisière, puis descente continue vers le bercail, avec une brise de mer bien établie: les rayons du soleil ont fait leur office, et réchauffé la Terre.
Tenons l’axe, dont la brise nous éloigne par à-coups, posons, sans douceur, fermement, comme si ce léger tremblement avait été nécessaire, pour nous faire redescendre des étoiles.

D’autres l’auraient interprété autrement !

Rien de tout cela n’aurait été possible sans l’aide d’Alban…

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Ecoutez ! La voix d’un poète nous rappelle…

« Pour ceux qui n’ont plus goût à rien
A qui on a caché l’arôme
C’est pour les miens, mes frères, mes soeurs,
De Marseille à Rome »
K.A.

From Massilia to Roma

Quel Vol !

De Marseille à Rome
en passant par la Corse,
sans toutefois y mettre
roue à terre,
nous fîmes un fameux voyage.

Une traversée, en quelques sorte,
au cours de laquelle,
nous partîmes deux,
et nous arrivâmes
trois !

Alexander the Great, Stéfouille des Pouilles, votre humble narrateur,
et Petit Cessna Voyageur (Pcv).
En effet, un être nouveau
s’était créé entre le ciel
et la mer.
Nous en fîmes rapidement un compagnon.
Néanmoins, nous décidâmes de ne pas l’emmener
dans le centre de la cité romaine,
et nous le troquâmes
contre deux vélos de guerre.

Rome nous voilà !
SPQR
« Force et honneur »
Ces mots résonnent encore dans le cœur de la plus puissante
des villes du monde antique.
Elle régna sur le monde connu pendant des siècles,
elle est toujours la capitale de l’Italie,
et le Saint-Siège n’est pas bien loin.
Or, cela se sent, se voit,
s’éprouve à chaque instant.

Fier est le Romain, beaux sont ses monuments,
et bons ses Ristorante !
Il faut les bien choisir en cherchant l’authenticité,
afin de continuer à voyager, et ce, en toute tranquillité.
Expresso, Proscuito et Melone, Pasta al Pesto, Gnocchi quattro formaggi,
Chianti, Valpolicella… Tout nous engloutîmes !
Et du vélo nous fîmes, aussi, mais point dans cet ordre là !
Fort heureusemment je crois…

Voilà, tout est dit, ou presque.
À tantôt pour la suite des aventures d’Alexander the Great,
et de son fidèle compagnon,
à bord du Pcv.

Par Stéphane Méyère.

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¡ Hasta la victoria siempre !

Notre objectif: nous rendre à Burgos pour ex-filtrer Patricia perdue depuis 10 jours dans la province de Castille et Leon, au Nord de l’Espagne. La pauvre bougresse, après avoir franchi le col de Roncevaux à la frontière pyrénéenne, et parcouru 250km en solitaire sur le chemin de Compostelle espagnol, traversant ainsi Pampelune, Logroño… avait des difficultés pour regagner Marseille.

  • 1ère étape: Aix-Les-Milles -> Burgos

Temps magnifique au départ. Nous sommes partis avec un peu de retard sur notre plan de vol, en montée vers le niveau 80 que nous conserverions jusqu’à notre escale. Il y a avait dans un grand ciel bleu, de tous petits nuages blancs qui nous donnaient juste la dimension de l’espace, et qui une fois bien avancés dans l’Héraut, sont devenus de beaucoup plus gros nuages finalement tous soudés entre eux, au-dessus desquels le vol s’est poursuivi « on-top ».

Compte tenu de la distance à parcourir (environ 450nm au total), nous avons choisi de faire une escale avant le passage de la frontière, sans trop dévier de notre route. C’est ainsi que nous avons attaqué la descente vers Tarbes, traversant les épaisses masses cotonneuses que nous survolions jusque là. Un petit tour de manège et nous voilà au sol.
Une fois le moteur arrêté, un policier a surgi, investi d’une mission: contrôler notre avion et ses papiers, dans le cadre d’une loi relative aux ports d’entrée dans l’espace Schengen, et dont nous avons immédiatement oublié la référence. 20 minutes plus tard, et puisque nous n’étions pas mis en état d’arrestation, ce dernier nous a gentiment indiqué le terminal commercial où nous pourrions acheter des sandwichs, ni bons, ni bon marché.
De retour au terminal de l’aviation générale, nous nous sommes acquittés d’une taxe surréaliste de 50€ pour une heure d’arrêt.
Une petite heure d’arrêt seulement, car la prévision de possibles orages à destination en fin d’après midi, nous incita à lever le camp sans trainer.
On a décollé face aux Pyrénées, dont les sommets se plantaient dans les nuages. En sortant de ce duvet cotonneux qui les bordait, nous avons pu admirer leurs cimes enneigées.

Les Pyrénées ont été traversées un peu plus à l’Ouest, au niveau de Roncevaux, et le vol se poursuivit sans encombre jusqu’à Burgos.

  • Depuis El Aeropuerto International de Burgos vers notre première soirée espagnole

Descente et approche: à convenance. Le parking: c’est où vous voulez. D’autres avions ? Un jet (Hawker Beechcraft), à côté duquel nous nous garons. Une fois sortis de l’avion, un membre du personnel local, est venu succinctement inspecter nos papiers d’identité et jeter un coup d’oeil à notre soute. Il nous a accueilli avec sourire et gentillesse, et s’est montré très disponible pour nous accompagner jusqu’au terminal et appeler pour nous un taxi, car notre périple n’était pas encore tout à fait terminé.
20 minutes plus tard, nous nous sommes retrouvés lancés à une vitesse inconsidérée sur la N-120, en direction de Belorado, parcourant en accéléré, ce que nous nous apprêtions à marcher dès le lendemain…
60km plus loin, nous sommes entrés dans la petite ville, sillonnée par la nationale. L’hôtel en bord de route était charmant, et le tavernier sympathique. Tapant à la porte de Patricia, dont nous avions appris qu’elle était déjà arrivée, nous l’avons sortie de sa baignoire, ce dont elle ne nous a pas tenu rigueur, heureuse de retrouver deux compagnons pour la suite du chemin. Juste le temps d’essayer nos tenues de pèlerins, et voilà que Patricia nous entraîne vers le campanile du village où une merveilleuse surprise nous attendait: des cigognes, oiseaux migrateurs, avaient élu domicile au sommet de l’édifice. Plusieurs nids énormes tombaient en cascade du clocher, précaires installations dans lesquelles trônaient les mamans cigognes et leurs petits.

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Quelques instants plus tard, l’une d’entres elles prit son envol et entama une lente ascension circulaire. Ravis de notre rencontre, nous avons pris tout naturellement le chemin de la place du village, où le bar local venait tout juste d’ouvrir. Nous fûmes des clients perspicaces, bière – sangria – tapas pour commencer, avant de poursuivre le repas à l’étage, avec l’épais vin de messe servi d’office.

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Le retour à l’auberge sans même s’en rendre compte, il fait encore jour, mais nous dormons déjà. Une grosse journée nous attend demain…

  • 25 kilomètres !

La foi accrochée au cœur, et la fleur au fusil – sans oublier le copieux petit déjeuner ibérique – nous sommes partis dans la fraîcheur du matin sur LE chemin… Entrant de plein pied dans un monde à part, celui de la communauté des pèlerins: des grands des petits, des gros des maigres, des jeunes des vieux, des belges et des coréens (et d’autres !), en chaussures de marche ou en sandalettes, TGV ou escargot, avec ou sans leur maison sur le dos, sympathiques souvent, bourrus parfois, il s’agissait là d’un ensemble improbable avec qui nous avons partagé cette journée. Chacun sans doute hébergeait au fond de lui une motivation intime, et pour notre part, il s’agissait d’accomplir suffisamment de pas pour atteindre San Juan de Ortega, haut lieu de pèlerinage jusqu’où nous souhaitions accompagner Maman. Kilomètres après kilomètres, nous avons vu le soleil poursuivre sa course dans le ciel, et notre énergie décroitre en même temps. Bien que restauré dans un bar à tapas du bout du monde, nous avons eu bien du mal à attaquer l’ascension qui suivait cette halte. Plus tard, dans l’après midi, non loin du 20ème kilomètre, à la croisée des chemins où des chaussures douloureuses avaient été abandonnées par leurs propriétaires, nous nous sommes assis, sans penser pouvoir nous relever à nouveau. Mais, miracle du chemin, énergie puisée dans la peine et l’effort collectifs des pèlerins, nous avons finalement repris notre procession, pour cette dernière portion dont il nous serait bien difficile de dire comment Maman a réussi à la parcourir.

Et puis le village est apparu. Nous l’avons atteint. Visité son église en cours de restauration – projet d’Europe ! Sur la place, un bar, où des bières fraiches nous ont désaltérés, et un banc accueillis, pour profiter de ce que nous avions accompli.
Après une soirée paisible, pendant laquelle nous avons contemplé notre exploit, et une nuit de repos méritée, les 12 km de l’étape du lendemain nous ont paru bien courts (pas à moi !). L’arrivée à Burgos ne nous a pas déçus, véritable ville de carte postale, dont les monuments se découpaient sur un magnifique ciel bleu. Après nous êtes régalés de très discutables tapas, nous avons visité l’extraordinaire cathédrale et son imposant escalier qui inspira celui de l’Opéra Garnier. Une dernière nuit en Espagne avant notre retour en France.

  • Le vol de retour

Par un grand ciel bleu, à la limite de la brume matinale, nous avons rejoint notre Cessna Voyageur. Le taxi nous a fait répéter par deux fois notre destination, surpris que nous souhaitions rejoindre l’aéroport peu visité de sa ville.
Arrivés un peu tôt, l’aéroport n’était en effet pas tout à fait ouvert, et seul un aimable gardien tenta de nous l’expliquer en nous offrant un petit café con leche.
La route était légèrement différente pour ce retour, et nous avons ainsi pu survoler l’aéroport de San Sebastian et la ville de Biarritz.

La suite a été un trait d’union de la baie de Biarritz à l’étang de Thau, d’Atlantique en Méditaranée, principalement au dessus d’un solide océan de nuage qui siègeait en basse altitude.

Escale faite à Béziers, le temps d’un sandwich et d’un contrôle migratoire (état d’urgence oblige, même en intra-schengen). Puis nous avons redécollé avec une forte brise d’après-midi, longeant la Camargue, avant de nous retrouver dans les espaces de Marignane, tout petit au milieu des géants.

Une chose importante, nous ne l’avons pas dite. Le matin du retour, le responsable de l’aéroport de Burgos, m’a solenellement invité dans son bureau, pour m’apprendre qu’un accident avait eu lieu la veille en fin de journée, à proximité de Pampelune. Les trois personnes en provenance du Portugal à bord d’un aéronef léger rentraient aussi en France, à Dax. Le malheur fît que leur chemin croisât celui d’un vautour. Nous pensons à eux, et saluons leur mémoire.

Par Christine et Alexandre E.

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Carcassonne: mon premier « EuroGa fly-in »

Il y a maintenant deux ans, je suis tombé par le hasard de mes navigations, sur le site anglophone d’un pilote basé à Shoreham, Sussex, au Sud du Royaume-Uni, qui sans artifice inutile, partageait par ce moyen, les récits de voyages (trip reports) effectués depuis 2002 dans toute l’Europe. A côté de ces récits de vol, des dizaines d’articles extrêmement détaillés étaient mis à la disposition du quidam, intéressé par des questions mécaniques, électroniques, informatiques, législatives, opérationnelles, des projets entamés, d’autres réalisés, d’autres en cours. La qualité exceptionnelle de cette source, et la quantité énorme d’informations à disposition, me donna à l’époque, le sentiment d’avoir identifié un ainé et une route à suivre, pour continuer à développer mon savoir-faire et mes compétences aéronautiques. Nul doute que ce pilote, Peter, constituait une référence, qui de surcroit faisait un effort évident de pédagogie et de partage, pour mettre à la portée des plus jeunes, ses connaissances et son expérience méthodiquement accumulés depuis plus de 10 ans. Il faudrait ajouter que ce site démarre en 2002, peu après l’initiation aéronautique de l’auteur. Le PPL à peine en poche, celui-ci n’a pas hésité à se porter acquéreur d’un magnifique Socata TB20 tout juste sorti d’usine, avion de hautes performances pour qui vient à peine de quitter l’école.
Soucieux de donner à ses récits un caractère exhaustif, chaque article commence invariablement avec la présentation de son pilote, de son expérience croissante, et de son fidèle destrier, dont les évolutions technologiques n’échappent pas à l’oeil averti du passionné.

L’incipit présente ainsi l’aéronef, l’un des derniers TB20 produits, son cockpit, dont on peut voir qu’il représente la quintessence technologique de la fin des années 90, et l’indispensable système à oxygène, qui permet d’accroître considérablement le champ opérationnel de la machine. Voilà pour les outils.
Concernant l’avion, chacun des tâtonnements, chacune des avancées, chaque difficulté rencontrée, chaque panne, ont été traités par leur auteur, avec un sens du détail, une expertise technique et règlementaire, une honnêteté et une transparence, qui disons-le, force l’admiration des lecteurs. C’est ainsi que j’ai pu découvrir comment un homme déterminé, au terme d’une due diligence complète, pouvait envoyer son moteur aux Etats-Unis pour sa révision générale. Comment le système satellitaire Thuraya pouvait être exploité, bidouille aidant, pour obtenir une connexion de données en vol à moindre coût. Comment s’installe un TCAS, et à cette occasion comme en d’autres, comment le travail d’un atelier multi-certifié peut être remis en doute, car très loin de la perfection alléguée.
C’est sans doute le deuxième enseignement majeur dont j’ai pu bénéficier – après l’audace d’entreprendre des vols conséquents : le pilote – propriétaire est en droit et en devoir d’acquérir une expertise technique et règlementaire, lui permettant de porter un regard critique sur le travail d’un atelier. « They have you over the barrel ! » peut-on lire régulièrement… Car après 15 ans sur la scène aéronautique internationale (son influence dépasse définitivement les frontières !), Peter s’est manifestement taillé une certaine place et une certaine audience… Mais aussi quelques inimitiés ! Peu importe, puisqu’il a mené le raisonnement jusqu’à son terme: son avion après quelques années de vol, est passé du registre anglais (G-reg) au registre américain (N-reg), autorisant une plus grande souplesse dans les modalités d’entretien, notamment en se passant des ateliers agréés. Peter effectue ainsi lui-même ses visites, sous la supervision et avec l’aide d’un mécano indépendant. En fait, Peter connait probablement mieux son avion que quiconque en Europe… Du moins, est-ce l’idée que je m’en suis fait.

Mais Peter ne s’est pas arrêté là. En effet, à peu près à la même époque, je devais découvrir l’existence d’un forum ouvert, traitant d’aviation générale, et appelé EuroGAIl m’a fallu quelques temps avant de faire le lien entre ce forum, et son créateur: l’inépuisable pilote du TB20 avait encore frappé… Dépassant alors la dimension technique, et le récit de ses exploits accomplis à travers l’Europe, Peter s’est donc attelé à la création d’une communauté aéronautique Européenne.  EuroGA existe maintenant depuis 3 ans, et compte plusieurs milliers de lecteurs chaque jour. Comment est-ce possible ? Et bien, parce que plus encore que les forums déjà existant, EuroGA se distingue par la bonne humeur des échanges, l’ouverture à tous les acteurs de la scène aéronautique, une qualité d’information exceptionnelle, assurée entres autres par la présence de professionnels (pilotes, mécaniciens, ingénieurs, informaticiens, contrôleurs aériens…), et une indépendance totale, chère à son créateur.

EuroGa est alors devenu une nouvelle mine d’information, consultée quotidiennement – je veux dire pluri-quotidiennement – abordant tous types de sujets, de la problématique technique, aux voyages longue distance, du Piper Cub au Cessna Citation, des questions de pilotage, aux questions psychologiques (comment dormez-vous la nuit précédent un vol ?), des sujets mécaniques aux aspects règlementaires… Nulle part ailleurs, une si large quantité d’information, avec un tel niveau de qualité. Nulle part ailleurs, une entraide aussi chaleureuse et spontanée. Chaque problématique que je rencontre, je n’hésite plus à l’exposer dans cet espace… C’est dire s’il est devenu précieux !

Et puis… Et puis au fil des posts, de nouvelles individualités se sont distinguées. On finit par connaitre un peu leur profil, leur secteur d’activité privilégié, leur style de réponse. Et ainsi, devient-on virtuellement familier, avec Pilot_DAR (le pilote d’essai en vol canadien), what_next (le pilote d’affaire allemand sur C525), JasonC (le banquier anglais volant en Cessna Mustang), Emir (l’informaticien croate au DA42), Jesse (spécialiste hollandais de l’avionique), Michael (inspecteur FAA américain installé à Paris)… Et j’en oublie, des tas, tant les intervenants sont nombreux et remarquables.
J’en oublie un au moins, c’est le protéiforme et génial Achimha, ingénieur-informaticien, pilote d’un C182TR, ayant rallié au moins deux fois l’Egypte à bord de son aéronef, et qui a développé et mis à disposition des usagers du forum, l’exceptionnel logiciel de routing et de dépôt de plan de vol, l’Autorouter. L’élaboration et la complexité de cet outil, proposé gratuitement alors même qu’il est supérieur à tout ce que la concurrence commerciale propose, mériterait en soi une plus longue description. Ce « cadeau » en quelques sortes, illustre le fonctionnement de partage de la communauté.

Tous ces pseudos, tous ces avions vus en photos, ont fini par constituer un monde imaginaire très riche, faits de personnages fantasmés et d’histoires héroïques, qui au fil du temps devenaient de plus en plus difficiles à projeter dans le réel. Pourtant, une inflexion de cet espace entre l’imaginaire et le réel devait bientôt se produire, et un jour le N113AC si longtemps reproduit par l’écran de mon ordinateur, devait prendre une consistance nouvelle.

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L’irréfutable preuve de l’existence du N113AC

C’est à l’occasion d’un vol à Carcassonne, en compagnie d’Alboule (que je n’ai pas encore présenté, mais qui se trouve être lui aussi, membre d’EuroGA, fraîchement rencontré dans la vraie vie… et basé juste à côté d’Aix, à Salon !), que quelques uns des personnages devaient s’incarner en chair et en os.

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Comment reconnaître les membres d’EuroGa dans une cité médiévale ?

C’est d’abord deux belges, Jean (médecin) et Denis (cameraman pour la RTBF), venus à bord de leur DA40, que nous avons essayé de retrouver dans la vieille ville, après leur avoir donné un point de rendez-vous, et notre signalement. Un jeu de piste complètement improbable démarrait ainsi, qui s’est terminé dans un café tout proche, nous quatre parfaitement inconnus, et pourtant rendus si proches et familiers, par l’aviation, et par la communauté à laquelle nous appartenons.

Quelques heures plus tard, l’éphémère rencontre se poursuivit autour d’un casse-croute, à nouveau immortalisé par une photo, souvenir que tout cela a bien eu lieu.

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De gauche à droite: Aviathor, David, Alboule, Denis, moi-même, Jean, Peter et son fils

Pour Alboule et moi, la rencontre devait bientôt se terminer, notre retour à Aix étant prévu pour le soir même. C’est depuis cette table que mon plan de vol IFR a été déposé (via l’Autorouter évidemment) en moins de 5 minutes. Gentiment déposés à l’aéroport par nos amis belges, nous avons préparé l’avion, et décollé à l’aide d’une rafale de vent qui nous projeta dans les airs.

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Tchao les copains !

Le retour fut agréable et assez direct, quoique transitoirement en IMC à 0°C… mais de l’air chaud restait abondamment disponible en dessous.

Le mot de la fin ? Une journée magique. Qui nous confirme, si besoin était, à quel point la passion de l’aviation peut unir et rapprocher ceux qui la pratiquent. Une envie ? Retourner au prochain fly-in qui se présente !

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10 ans: intervention nécessaire sur le circuit d’essence

Fabriqué en 2006 à Wichita, plus grande ville de l’état du Kansas, et siège de six grands constructeurs d’avions (d’où son surnom d’Air Capital), le F-HIND fête cette année ses premiers 10 ans. L’entretien d’un aéronef étant soumis à des inspections régulières et au remplacement de certaines pièces à intervalles fixes (quelle que soit leur usure), le passage de la décennie s’est accompagné d’opérations inhabituelles (ce qui a fini par devenir une habitude au fil des ans…).
Plus particulièrement, le C182, à la différence d’autres types d’aéronefs certifiés plus récemment (le 182 a été initialement certifié en 1956 !), est encore doté au niveau de son circuit d’essence, de tuyauteries souples à l’interface entre les réservoirs d’ailes d’une part, et les tuyauteries rigides qui courent à l’intérieur de la cabine d’autre part. Ces dernières présentent l’avantage « de ne pas vieillir », évitant les risques de dégradations puis de fuite, qui pourraient rapidement tourner à la catastrophe. Un feu en-vol ruinerait rapidement toute belle journée… Ces tuyauteries rigides se sont donc imposées par la suite comme un standard de certification au niveau des cabines, c’est à dire en arrière de la cloison pare-feu. Des tuyauteries souples ignifugées sont en revanche présentes de l’autre côté, dans le compartiment moteur. Les manchons souples du 182 semblent donc un vestige du passé…
D’un point de vue technique, l’utilisation de tuyauteries souples à ce niveau devait permettre l’amortissement du mouvement des ailes par rapport à la cabine, diminuant le risque de casse au niveau des charnières. Pourtant d’autres appareils de la gamme, tels que les C210, se sont débarrassés de ces manchons, au profit d’une tuyauterie rigide exclusive.

Pour éviter tout risque de détérioration des propriétés physiques, Cessna préconise leur remplacement tous les 10 ans. Cela implique la vidange des réservoirs, la dépose de la garniture de cabine, et le changement un par un des 12 manchons. A l’issue, un indispensable test d’étanchéité est pratiqué avant le rhabillage !

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Ballade d’automne

« Viens Maman, je t’invite à manger à Barcelonnette, il y a un super resto sur  l’aérodrome!».

Belle journée de septembre, nous voilà partis en direction d’Aix-Les-Milles, décollage prévu vers 11h, avec une table réservée pour l’heure suivante, au Planeur, le restaurant recommandé par le Gault et Millau et se trouvant sur la plateforme.
C’était sans compter la toute puissance de ceux qui nous gouvernent, François Hollande et sa suite, atterrissant aux Milles le même jour. Sa venue impliquait la réquisition du terrain pour la majeure partie de la journée, « pour cause de mission spéciale », ce qui n’avait pas manqué de faire rire le contrôleur désoeuvré dans sa tour et les gendarmes (nombreux !) au sol, missionnés pour bloquer l’accès à la plateforme. C’était donc un coup d’épée dans l’eau pour cette fois, et de Barcelonnette nous avons fini à Cassis…

Trois semaines plus tard, les conditions atmosphériques étaient à nouveau somptueuses, et aucun NOTAM ne restreignait l’accès au terrain. Pull, bonnet, plaid, eau potable, TUCs, appareil photo et pellicule, en avant la musique, nous étions parés pour le vol.

Décollage sans vent ni turbulence, nous faisons route au Nord-Est vers Pertuis. A partir de Forcalquier au niveau 65, c’est une explosion d’automne qui s’étale sous nos ailes : souvenir du Canada, la foret révèle d’infinies nuances, du vert au jaune, puis à l’orange puis au rouge.

A l’horizon, les premiers massifs Alpins enneigés se découpent sur le bleu pétant du ciel. Nous poursuivons notre route vers encore plus de reliefs, passons au dessus de Tallard, et arrivons au Sud du lac de Serre-Ponçon.

Au grand étonnement de ma passagère, nous nous engageons dans la vallée de l’Ubaye, qui se rétrécit au fur et à mesure de notre progression. Nous tutoyons la cime des pins et des mélèzes accrochés aux pentes montagneuses, et après un dernier rétrécissement, voyons se profiler la plus large vallée au fond de laquelle se niche la petite ville. Nous entamons notre lente descente et tour de piste biscornu, pour finalement poser nos roues sans fracas.

Descendus de l’avion, il semble que nous avons surestimé le froid des montagnes, et nous cuisons aux rayons du soleil d’été indien.

Surprise, le restaurant tant espéré était fermé… Voulant nous sortir de ce mauvais pas, la patronne n’a pas hésité à nous confier sa voiture, afin de nous rendre en ville et y déjeuner.

Quelques heures plus tard, de retour à l’avion, 25kt de brise de vallée se sont invités pour secouer notre envolée. Rien n’a cependant pu entamer l’enthousiasme de ma chère passagère qui chantait à tue-tête « Cœur de Rocker », doublant en direct Julien Clerc diffusé à travers son casque…

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Sortis de la vallée de l’ubaye, nous faisons route au Sud-Ouest, vers le soleil descendant, avec un atterrissage en douceur aux Milles.
Et là révélation : Maman se sentait enfin une âme d’aviatrice !

Par Christine et Alexandre E.

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